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Accueil / Interview, Entretien, Portrait

« Mon sujet, c’est l’humain », Michel Schweizer meneur d’expériences scéniques

Le bordelais Michel Schweizer mène ses expériences scéniques depuis 30 ans. Entretien avant DOGS et VIVANT ! jouées durant le festival A corps à Poitiers.

Par admin3599 3 avril 2025 5 min de lecture

a-corps-poitiers-festival-entretien-Michel Schweizer
DOGS ( Nouvelles du parc humains) Avec Alexandre Blais, Éléna Lecoq, Stanley Menthor, Inès Perron, Louise Phelipon Conception, direction Michel Schweizer Création 27, 28 et 29 mars 2025 La Manufacture CDCN Nouvelle-Aquitaine, Bordeaux en partenariat avec le tnba – Théâtre national Bordeaux Aquitaine

Depuis trente ans, l’artiste bordelais Michel Schweizer mène ses expériences scéniques auprès de communautés éphémères. Ce créateur solitaire, au regard distancié sur son milieu, utilise le plateau comme terrain d’interrogation sur le monde et lieu de confrontation à d’autres pensées que la sienne. Avec DOGS et VIVANT !, c’est la jeunesse, un des fils rouges de son œuvre, qu’il regarde vivre et se questionner dans un monde qui tangue.

En 1995 naissait La Coma. D’où veniez-vous ? Quelle était votre formation ?

Je suis un parfait atypique, qui n’a pas fait d’école d’art, ou disons que j’ai passé très peu de temps au conservatoire d’art dramatique et aux Beaux-Arts. Il y avait trop de choses qui ne me convenaient pas. Au conservatoire, les élèves réfléchissaient beaucoup, mais la question du corps était absente, alors que moi, à l’époque, j’étais très intéressé par la performance. Un peu sur le tard, je me suis tourné vers la danse contemporaine, qui était en plein essor, et j’ai suivi beaucoup de stages.

Or, là encore, je trouvais les gens très centrés sur le corps, et peu dans la réflexion. J’ai fini par faire des choses tout seul, des performances. Puis, j’ai rencontré Isabelle Lasserre, avec qui, pendant dix ans, nous avons créé des projets de danse contemporaine. J’ai arrêté vers la fin des années 1990. Je souhaitais me tourner vers le secteur social, j’avais toujours eu envie d’être éducateur spécialisé. Le TNT venait juste de se monter, et Jean-Luc Terrade, un des fondateurs, m’a dit : « Avant de tout arrêter, on te laisse la Manufacture, essaie de produire une dernière forme. » J’ai créé Assanies, en 1998, puis KINGS, en 2000, qui m’a donné une grande visibilité. À partir de là, j’ai beaucoup tourné.

  • A lire aussi : Vertiges de la multiplicité avec « En chaîne et en or » de Silina Syan au Confort Moderne

À quel moment votre approche — réunir des communautés pour vivre des expériences inédites, préférer des personnes qui n’ont pas l’habitude du plateau — est-elle apparue ?

Pour Assanies, je me souviens avoir réuni une équipe assez hétérogène : un informaticien, un enseignant à la retraite, un danseur contemporain… J’ai toujours aimé déplacer des mondes, convoquer des communautés, provoquer une expérience qui requestionne ma manière de penser. Si le terme « expérience » est si prégnant dans mon discours, c’est que j’en ai vécu une, capitale, à l’âge de 10 ans : j’ai perdu mon père brutalement.

Ce moment-là m’a donné une lecture de ce qu’était une expérience vitale. Depuis, je n’ai jamais arrêté de refuser les contextes faciles pour rechercher des humanités accessibles, aller vers des mondes représentatifs de l’altérité. C’est mon moteur. J’ai sans arrêt besoin d’être bousculé, troublé. Je me soucie peu du devenir esthétique, ça n’est pas mon sujet. Mon sujet, c’est l’humain.

Ce printemps, vous créez DOGS et VIVANT ! qui poursuivent un travail autour de la jeunesse entamé en 2010 avec Fauves. Qu’est-ce qui vous intéresse tant dans cette jeunesse ?

Dans Fauves, qui réunissait une dizaine d’ados, je regardais ces jeunes vivre, penser, leur demandant d’être sur scène comme ils seraient au-dehors. Ils ont été troublés de la proposition, et me demandaient : « Mais le spectacle, ça va être quoi ? » Et je leur répondais : « Rien, vous, ce que vous êtes en train de vivre. Ce qui m’intéresse, c’est que vous soyez le plus libre, le plus authentique possible, et moi je crée les conditions pour cela. »

Sur le même principe, il y a eu Cheptel, 7 ans plus tard, avec des pré-ados, et DOGS, aujourd’hui, avec de jeunes danseurs de 22 à 26 ans. Je les questionne sur leur rapport au monde, leur métier de danseur qui me passionne dans une époque où le rapport au corps est de plus en plus altéré. Il ne s’agit pas d’exposer des choses qu’ils inventent, mais des choses qu’ils savent, qu’ils projettent. Je les trouve à la fois très beaux et un peu perdus dans ce monde d’une complexité phénoménale.

Pour VIVANT !, vous avez travaillé avec 35 étudiants de l’ARC1, que vous n’avez pas choisis, et sur une durée assez limitée. Qu’ont fait ces conditions à vos protocoles habituels ?

Je n’avais jamais travaillé avec 35 personnes d’une telle diversité d’âges — de 19 à 33 ans —et de pratiques. Il a été compliqué de développer un travail en 60 heures, en cherchant à valoriser tout le monde. Avec certains, il faudrait passer beaucoup plus de temps, être plus soigneux. Mais ils sont tous très volontaires, et, par chance, je suis accompagné par Isabelle Lamothe, qui est incroyable, d’une grande finesse, très passionnée.

Je leur ai proposé de partir autour de l’amour, des sentiments, des désirs et je leur ai mis dans les mains Éloge de l’amour d’Alain Badiou. Ils ont écrit des choses qu’ils vont porter sur scène. S’il y a quelques frustrations au niveau chorégraphique — domaine qui ne m’intéresse pas forcément —, l’expérience scénique sera intense, et pas simple. Ils seront tous très exposés. On cherche à développer une forme dans laquelle les publics puissent s’identifier à eux, et pour cela il leur faut être le plus authentique possible, non pas dans l’incarnation d’un rôle mais au plus près de ce qu’ils sont.

Vous parliez d’un monde instable, complexe. Le milieu culturel n’y échappe pas. Comment se porte La Coma en ces temps particuliers ?

C’est compliqué, mais on ne se plaint pas. J’ai plutôt des pensées pour les jeunes compagnies qui démarrent, ça doit être terrible. La dégradation est un peu générale, et je n’isole pas ce qui se passe dans notre milieu de tout le reste. La Coma, qui a une belle existence, a encore des choses à faire. Il m’est arrivé de dire que si ça s’arrêtait, ça ne me posait aucun problème. C’est sincèrement le cas. J’ai toujours eu du mal à me sentir légitime dans ce système. Je peux trouver du sens ailleurs, dans le milieu associatif ou une ONG.

Propos recueillis par Stéphanie Pichon

Informations pratiques

DOGS [Nouvelles du parc humain], Michel Schweizer — La Coma,
du jeudi 10 au vendredi 11 avril, 20h30,
Le théâtre, Bressuire (86).

jeudi 17 avril, 19h,
dans le cadre du festival À Corps,
TAP, Poitiers (86).

VIVANT !, Michel Schweizer — La Coma, lundi 14 avril, 21h,
dans le cadre du festival À Corps, TAP, Poitiers (86).

  1.  Atelier de Recherche Chorégraphique de l’université de Poitiers

Infos pratiques

DOGS [Nouvelles du parc humain], Michel Schweizer — La Coma

Quand
Du 10 avr. au 11 avr., 20 h 30
Où
Le théâtre, Bressuire (86)
Combien
Voir le site de l’organisateur

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« Mon sujet, c’est l’humain », Michel Schweizer meneur d’expériences scéniques

Quand
17 avr., 19 h
Où
TAP, Poitiers (86)
Combien
Voir le site de l’organisateur

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« Mon sujet, c’est l’humain », Michel Schweizer meneur d’expériences scéniques

Quand
14 avr., 21 h
Où
dans le cadre du festival À Corps, TAP, Poitiers (86)
Combien
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