Construit à la fin du XVe siècle, la porte Cailhau a longtemps été la porte d’entrée principale de Bordeaux. Aujourd’hui, sa visite permet de se replonger dans l’atmosphère de la ville au Moyen-Âge et d’apprécier une vue époustouflante une fois au sommet.  

Passer le pas d’une porte peut parfois mener à d’inattendus voyages. D’autant plus quand l’entrée que l’on s’apprête à franchir est celle d’une autre porte, haute de 35 mètres ! Une mise en abyme qui n’échappera pas aux visiteurs ayant la bonne idée de pénétrer dans les entrailles de l’un des monuments les plus emblématiques de Bordeaux : la porte Cailhau.

Lien entre la place du Palais et les quais de la Garonne, la tour voit chaque jour transiter des milliers d’habitants, visiteurs et curieux, s’arrêtant ou non pour apprécier ce morceau d’histoire à l’immense richesse architecturale. Certains s’étonnent : une porte en plein milieu de la ville ? Voilà qui a de quoi désarçonner…

Principale porte d’entrée de Bordeaux

Cette perplexité n’avait pas sa place cinq siècles auparavant, lors de son inauguration, en 1496, après trois ans de travaux. La rutilante bâtisse en pierre calcaire est alors célébrée comme la principale porte d’entrée de la ville. Vue du fleuve, à sa gauche, se tient le mur de fortification encerclant la perle d’Aquitaine.

À sa droite, les chais des négociants qui formaient une zone tampon avec l’intérieur de la ville. Les meurtrières qui ponctuent la montée de l’étroit escalier en colimaçon ainsi que l’interstice dévolu à la herse et à l’assommoir que l’on peut observer en arrivant au premier étage l’attestent : voici un point de défense stratégique de la ville.

Toutefois, la présence sur la façade de trois statues — le cardinal d’Épinay, saint Jean-Baptiste et, surtout, celle en majesté du roi de France Charles VIII (1483-1498) — laisse présager une autre fonction : l’apparat. Tout l’aspect extérieur, entre style gothique et Renaissance, est d’ailleurs travaillé avec soin.

Rattachement au royaume de France

Placée du côté extérieur — face aux visiteurs arrivant par la Garonne —, la statue du souverain démontre le rattachement de la ville au royaume de France, près de 50 ans après sa sortie du giron de la « perfide Albion ». Le bâtiment est d’ailleurs dédié à Charles VIII, récent vainqueur de la bataille de Fornoue avec un bataillon de Bordelais.  

Un petit cours d’histoire expliqué de façon ludique au 2e étage dans un espace spacieux. Avec ses fenêtres à croisée, son plafond au bois apparent et son large foyer de cheminée, le lieu répond aux codes architecturaux de la Renaissance. Les autres étages sont tout aussi soignés comme en témoignent les nombreuses verrières. Néanmoins, ce qui pourra surprendre au premier abord le visiteur est la statue très abîmée de Charles VIII qui se dresse à l’extérieur.

Sans tête, mais non sans prestance, cette sculpture est une miraculée : il s’agit de la version originale présente sur le bâtiment en 1496 (une réplique se tenant sur la façade depuis le XIXe siècle). Ayant subi les affres du temps et des révolutions, elle avait fini par trouver refuge dans le dédale des collections du musée d’Aquitaine, sans pourtant être à l’abri de l’oubli.

Nouvelle installation numérique

Elle n’en est sortie qu’en 2024 grâce aux recherches menées dans le cadre de la refonte totale du parcours d’exposition permanent qui encadre la visite en autonomie du lieu. Durant ce temps de réflexion, l’office de tourisme de la Ville de Bordeaux (qui gère le lieu en lien avec le musée d’Aquitaine) a réussi à retrouver ce morceau d’Histoire pour lui offrir une nouvelle vie dans la scénographie thématique modernisée.

S’appuyant sur de nombreux dispositifs numériques, cette nouvelle installation s’attache à raconter l’histoire de l’édifice, mais également la vie à Bordeaux à la fin du Moyen-Âge. À cet effet, maquettes, plans et six astucieux portraits parlés ont été disséminés tout au long du parcours.

Personnages ordinaires et figures mémorables entremêlent petite et grande histoire pour expliquer le lieu et son quartier. Ainsi n’est-il pas illogique de voir Aliénor d’Aquitaine évoquer le palais de l’Ombrière, édifié en partie sur l’actuelle place du Palais qui jouxte la porte. Une place qui doit donc son nom à ce fameux château construit au Moyen-Âge et démantelé en 1800.

La porte Cailhau contre l’intendant Tourny

La porte, elle, restera debout même quand l’intendant Tourny commencera à métamorphoser Bordeaux en faisant tomber les remparts. Elle devient lieu d’habitation avant que tous les locataires ne doivent déménager, en 1882, pour laisser place à une rénovation en profondeur du monument, supervisée par Charles Durand, architecte municipal. L’année suivante, la porte Cailhau est inscrite à l’inventaire des monuments historiques de France.

Depuis le début des années 1990, elle s’est reconvertie avec succès en place forte du tourisme bordelais et fait aujourd’hui partie des 18 monuments iconiques mis en avant par le Département de la Gironde, attirant les visiteurs même si les places sont comptées. Seulement 19 personnes en même temps pour des visites sans durée de temps ; le tour ne prend que 40 minutes. Il se peut que ce moment s’allonge quand s’offre au quatrième et dernier étage, sous les combles, une vue mirifique de Bordeaux.

Quatre fenêtres dévoilent un panorama laissant pantois. Plusieurs heures ne suffiraient à débusquer tous les détails à contempler. Ici aussi, la scénographie permet un voyage dans le temps avec deux balades sonores narrant ce qu’il était possible de voir depuis ces mêmes lucarnes en 1496. Si depuis plus de cinq siècles la ville a changé de visage, la porte Cailhau, elle, a gardé sa beauté originelle.

Pourquoi la porte Cailhau ?

Plusieurs hypothèses s’affrontent pour expliquer l’origine du nom du lieu. Il se rapporterait, peut-être, au quai des Cailloux auquel la porte faisait face. En gascon, caillou se dit calhau, ce qui aurait donné par extension la porte Cailhau.

Autre possibilité, rue Neuve, non loin de là, vivait une illustre famille bordelaise, les Cailhau qui donnèrent à la ville cinq maires entre le XIIIe et le XIVe siècle. Un hommage ?

Guillaume Fournier

Informations pratiques

Porte Cailhau
Ouverture à l’année, tous les jours d’avril à octobre,
du mercredi au dimanche de novembre à mars.
Place du Palais, Bordeaux (33).