LEUR BEL ÂGE
Du 2 au 7 novembre, le Festival International du Film Indépendant de Bordeaux, déroule sa 15édition ! Pauline Reiffers, co-fondatrice, secrétaire générale, responsable des partenariats, et Johanna Caraire, co-fondatrice et directrice artistique, passent à la question.
• 300 longs métrages visionnés pour aboutir à 7 pour la compétition internationale. La sélection a-t-elle été impitoyable ou bien le niveau est-il médiocre ?
Pauline Reiffers : Nous sommes dans notre moyenne habituelle. Toujours attentives à de belles propositions qui n’ont pas eu d’exposition cannoise, préférant piocher entre Locarno, Toronto et Venise. Nous recherchons un souffle de fraîcheur et souhaitons bien présenter nos choix dans les conditions les meilleures.
• La compétition dite « contrebande » n’est-elle pas celle, qui en 2026, revêt le plus de mérite si ce n’est d’attention ?
Johanna Caraire : C’est une compétition très attendue. Cette année, elle a même les honneurs de la plus grande salle du Théâtre national Bordeaux-Aquitaine. Ce sont des films d’une très haute qualité, des propositions qu’il a été difficile de départager. Fait notable, peu de longs métrages pour cette édition ce qui traduit, hélas, l’épuisement d’un écosystème. Paradoxe supplémentaire, beaucoup de talents retenus sont déjà passés par le format long, ont connu des distributions, mais bifurquent vers le court grâce aux dispositifs déployés par les fondations d’art contemporain, où les contraintes sont moindres. À ce sujet, une table ronde se tient le 5 novembre, à 14 h 30, au Frac MÉCA Nouvelle-Aquitaine, pour explorer les liens entre cinéma et art contemporain comme les pratiques alternatives de production e, compagnie de Caroline Poggi, Jonathan Vinel, Samuel Lecoq et Alex Pou.
P. R. : Le nouveau mur, c’est le deuxième long métrage. Autant les aides sont présentes pour un premier long, autant le suivant est étroitement liée aux recettes…
• Toujours une attention portée aux courts-métrages. Le vivier de demain par essence ?
P. R. : Nous avons noué un partenariat avec Brefcinema, la seule VOD 100% dédiée au court métrage, lancée en 2016 par L’Agence du court métrage.
• Le FIFIB jeunesse se singularise par rapport à d’autres événements par le soin porté à proposer des projets du primaire au lycée.
J. C. : Nous travaillons réellement la dimension « salle de cinéma » à l’attention du jeune public. Avec le temps, nous avons constaté que les enfants devenaient très manipulables face aux écrans. Aussi, privilégions-nous l’expérience de la salle avec des rencontres pour mieux appréhender l’envers du décor, une espèce de « rééducation » à l’image. Nous travaillons soigneusement le fonds, la forme, le rythme. Nous proposons de courts métrages pour les plus petits. Nous réfléchissons aux thématiques sans tomber dans l’écueil « programme scolaire ». Il ne faut jamais oublier la distance entre eux, l’image et leur imaginaire.
• Une 15édition, est-ce purement symbolique ou bien avez-vous pris un coup de vieux ?
P. R. : Loin de là car, en 2026, nous changeons de lieux — le Théâtre national Bordeaux-Aquitaine et le cinéma Utopia Saint-Siméon —, de dates — novembre et non octobre — et de partenaires. C’est une nouvelle jeunesse qui s’offre au FIFIB. L’an dernier, au moment du bilan, nous ressentions l’impérieux besoin de renouvellement. Nous étions victimes de trop d’automatismes, nous avions du mal à nous réinventer et le sentiment d’aller systématiquement vers la facilité, de nous retrouver dans nos petites habitudes. Nous n’en voulions plus au risque de devenir chiantes. Et là, c’est reparti comme en 40 !
• Le modèle est-il arrivé à l’équilibre ou bien est-ce une lutte permanente ?
J. C. : Toujours aussi précaire… Cette année, nous ne sommes pas à l’équilibre, mais c’est une première fois avec de multiples inconnues comme la billeterie. Privés ou publics, les financements sont de plus en plus compliqués. Qui plus est, à la veille d’une année électorale, nous voyons des mécènes en retrait avec des investissements moindres. En 2019, notre budget était de 519 000€. En 2026, il avoisine 420 000€. Si on y ajoute le coût de l’inflation… mais on s’en fout, on a 15 ans, on va manifester !
• Un coup de cœur ?
J. C. : Les filles vont bien d’Itsaso Arana, l’actrice fétiche de Jonas Trueba. J’adore quand les acteurs passent derrière la caméra. C’est un film très espagnol, capturant l’effervescence d’un groupe de femmes le temps d’un weekend à la campagne. P. R. : Comme le feu, de Philippe Lesage. Ce huitième long métrage du réalisateur de Genèse regarde un adolescent réservé, tourmenté par deux passions douloureuses. Très drôle, toujours au bord au malaise, avec d’incroyables scènes de repas. J’adore quand je passe de spectatrice à la position d’intruse
• Sinon, en 2027, un partenariat avec La Gaumont ou Pathé ?
P. R : Ils n’ont pas de salles à Bordeaux, quel dommage ! J. C. : En 2027, ce sera avec le TNBA et Utopia, du 18 au 23 octobre. Sinon, rien de ce qui s’est passé avec UGC ne serait arrivé avec Pierre Bénard [directeur de l’UGC Ciné Cité de Bordeaux durant 41 ans avant de quitter ses fonctions en 2015, NDLR] qui nous manque tellement…
Festival International du Film Indépendant de Bordeaux, du lundi 2 au samedi 7 novembre, Utopia Saint-Siméon et TnBA.







