D’Eurydice à Tosca, mars fait revivre en musique quelques grandes figures féminines… et nous invite à revisiter la Bohême de Dvořák.
Bohême éternelle
Pour célébrer la Journée internationale des droits des femmes, le 8 mars, l’Orchestre de Pau Pays de Béarn propose une affiche résolument féminine, du moins pour ce qui est des interprètes, puisqu’elle mettra aux prises la charismatique cheffe Zahia Ziouani (née en 1978) et la jeune violoniste japonaise Mayumi Kanagawa (née en 1994). Mais c’est surtout la Bohême chère au cœur d’Antonín Dvořák (1841-1904) — et non, contrairement à ce qu’indique le site internet de la formation, la bohème célébrée par les Puccini et autre Aznavour — qui sera à l’honneur, avec deux partitions du compositeur tchèque. Mais on ne va pas bouder notre plaisir pour une histoire d’accents.
C’est avec l’Ouverture en do majeur de Fanny Mendelssohn (1805-1847), sœur aînée et tant aimée de Felix, que commence le voyage. Unique page connue pour orchestre seul de son auteure, celle-ci permet d’apprécier, derrière une facture certes toute beethovénienne, le talent et la personnalité d’une artiste contrariée, mais tellement douée qu’un critique de l’époque écrivit de la musique de Fanny Mendelssohn qu’elle était… « digne de celle d’un homme » !
Composé en 1879 pour l’illustre violoniste Joseph Joachim, le Concerto pour violon de Dvořák est une partition virtuose en diable, dans laquelle la soliste doit déployer d’impressionnantes ressources (pyro)techniques. Mais, au-delà de la virtuosité, il s’en dégage surtout une sensibilité tiraillée entre admirations germaniques et appartenance slave, jusqu’à ce finale où éclatent les rythmes et les accents du folklore de son pays.
On y retrouve également cette inventivité et cette verve mélodique propres à l’auteur de la cultissime Symphonie « du Nouveau Monde ». De dix ans antérieure à cette dernière, la Symphonie n°6 (1883) affirme plus encore son caractère national, et les échos d’une Bohême alors en quête d’émancipation.
- A lire aussi : Feux d’artifice de musique classique en Nouvelle-Aquitaine
Infernale Eurydice
C’est un autre opéra, plus confidentiel quoique construit sur une trame universelle, et plus vieux de deux siècles, que nous donnent à découvrir en version de concert, au Théâtre de Poitiers, sous la direction de Joël Suhubiette, les chanteurs de l’Ensemble Jacques Moderne et les six musiciens du Concerto Soave : La Descente d’Orphée aux Enfers était destiné par Marc-Antoine Charpentier (1643-1704) au cercle privé de sa patronne Marie de Lorraine, duchesse de Guise, cousine de Louis XIV. Cela n’empêche pas l’ouvrage d’être un petit bijou du baroque français, surtout porté par des voix à ce point idiomatiques.
Une ribambelle haute en couleur de nymphes, bergers, furies et fantômes se succèdent pour nous narrer la tragédie d’Eurydice, tuée par un serpent le jour des noces, et de son époux Orphée, dont le chant parvint à ébranler le dieu des Enfers… et dont la curiosité finit par sceller le désespoir, même si l’œuvre de Charpentier s’achève où Orphée quitte les Enfers, Eurydice sur ses talons. Le suspense reste donc entier.
Tosca immortelle
Quatre ans après La Bohème, justement, le composteur Giaccomo Puccini (1858-1924) livrait avec Tosca (1900), adaptation d’une pièce de Victorien Sardou, l’un des plus bouleversants portraits de femme de l’histoire de l’opéra, héroïne tragique dont la figure reste indissociable de celle de Maria Callas. C’est la soprano arménienne Hrachuhi Bassenz qui reprend le rôle-titre de cette production, créée en 2022 à l’Opéra de Lorraine, et passée par ceux de Rennes et de Toulon avant d’arriver aujourd’hui à Limoges.
Une production marquante d’abord par la mise en scène de Silvia Paoli, dont le sens de l’épure ne fait que mieux saillir la puissance. À un énième tour d’horizon des grands monuments de Rome, elle préfère sur un plateau dépouillé où les costumes contrastés soulignent le climat anxiogène et oppressant, et resserre sa focale sur la figure de l’inique Scarpia (le Finlandais Tommi Hakala). Dépeint en tyran obsédé par l’hygiène, celui-ci donne le la de cette course contre la montre dont la mort est l’unique horizon…
La froideur apparente de la mise en scène ne fait que mieux ressortir la substance d’un livret haletant, et la flamboyance d’une partition qui abonde en morceaux de bravoure, jusqu’à l’iconique Vissi d’arte du dernier acte. C’est l’excellent ténor argentin Jose Simerilla Romero qui campe la troisième figure de ce trio infernal — le peintre Mario Cavaradossi —, l’Orchestre Symphonique de l’Opéra de Limoges étant placé sous la baguette de son directeur musical, le Bulgare Pavel Baleff.
David Sanson
Informations pratiques
« Bohêmes », Orchestre de Pau Pays de Béarn, Zahia Ziouani, direction, Mayumi Kanagawa, violon,
jeudi 6 mars, 20h,
vendredi 7 mars, 20h,
samedi 8 mars, 18h,
Le Foirail, Pau (64).
La Descente d’Orphée aux Enfers, Joël Suhubiette, direction, Ensemble Jacques Moderne, Concerto Soave,
mercredi 12 mars, 20h30,
TAP, Poitiers (86).
Tosca, Giacomo Puccini, livret de Giuseppe Giacosa et Luigi Illica d’après la pièce de Victorien Sardou, Orchestre Symphonique de l’Opéra de Limoges Nouvelle-Aquitaine, Chœur de l’Opéra de Limoges, Pavel Baleff, direction musicale, Arlinda Roux Majollari, cheffe de chœur, Elisabeth Brusselle, cheffe de chant, Silvia Paoli, mise en scène,
dimanche 16 mars, 15h,
mardi 18 mars, 20h,
jeudi 20 mars, 20h,
Grand-Théâtre — Grande salle, Opéra de Limoges, Limoges (87)